Où sont nos morts pour la France ?

Comité de Dun-sur-Meuse

Recherche de soldats morts pour la France dans les cimentières communaux

Morts pour la France dans les cimetières communaux

Cadre : sépultures de militaires et civils morts pour la France inhumés dans les cimetières communaux, hors carré et ossuaire militaires

Objet : Sauvegarde des sépultures existantes, mention des disparues

Recensement des MPLF dans un cimetière communal ; de quels moyens dispose-t-on ?

  • Inventaire des tombes identifiables sur le terrain en faisant la distinction entre les sépultures entretenues par les familles et celles qui paraissent en état d’abandon.
  • Registre du cimetière s’il a été bien tenu. Il donne la date d’inhumation, le n° de la concession et l’emplacement de cette concession. Il devient alors facile de retrouver l’emplacement de la sépulture, existante ou disparue, avec un plan du cimetière.
  • Registre de catholicité (quelquefois en ligne aux A.D. ou à l’évêché). Il donne la date et le lieu d’inhumation.
  • Presse locale d’époque disponible en ligne aux Archives Départementales (très aléatoire, manque parfois de nombreux numéros).
  • Dossier des exhumations et réinhumations légales ou clandestines (PV gendarmerie) (3R17).
  • Dossier des restitutions de corps aux familles faisant suite à la loi du 31 juillet 1920 (trains ou wagons funéraires spéciaux) (3R25 et 3R26).
  • Dossier des restitutions des corps aux familles par un autre moyen de transport (à découvrir). Les corps inhumés à proximité des communes destinataires devaient suivre un autre itinéraire que celui qui transitait par les gares régulatrices.
  • Dossier de restitution des corps en début de guerre dans la zone des armées avant l’interdiction du 19 novembre 1914 (à découvrir).
Recherche de tombes de soldats MPLF
Recherche de tombes de soldats MPLF dans les cimetières communaux

Exploitation du dossier des restitutions de corps aux familles

Avant la loi du 31 juillet 1920, le transfert de corps en zone des armées était fortement réglementé, voire interdit. C’est avant cette date que l’on constate un nombre important d’exhumations clandestines dans les nécropoles nationales ou sur le champ de bataille.

Après cette date, le transfert des corps était réalisé suivant un processus bien rodé. Le Service de Restitution des Corps (SRC) nouvellement créé, était chargé de gérer la logistique des rapatriements. C’est ainsi que les corps étaient exhumés dans chacune des neuf zones de champ de bataille, acheminés par camions vers les gares de regroupement, puis chargés dans des wagons à destination des gares régulatrices. Les gares de Creil (Oise) et de Brienne-le-Château (Aube) ont été choisies comme gares régulatrices. Un peu plus tard la gare de Marseille a été choisie pour réguler les transferts de corps en provenance d’Orient et celle de Strasbourg pour les corps en provenance d’Allemagne.

À partir de ces gares régulatrices, les corps étaient acheminés vers les gares régionales où les convois étaient recomposés, puis vers les gares départementales et locales. La retranscription des fiches de convoi dans un tableur comme Excel ou Calc facilite considérablement la recherche. J’ai personnellement passé plus de trois semaines à tout retranscrire, mais il fallait le faire. À ce jour, tout le département de la Meuse peut  profiter de ce fichier qui est disponible sur le site web du Souvenir Français de Dun-sur-Meuse. Quelles informations trouve-t-on sur les fiches de convoi ?

  • Date du convoi et gare régulatrice
  • Nom du militaire ou du civil rapatrié
  • Prénoms du militaire ou du civil rapatrié
  • Grade
  • Unité
  • Gare destinatrice
  • Commune destinataire
  • Coordonnées de la personne ayant demandé le rapatriement

Quels enseignements peut-on tirer de ces fiches ?

  • La date du convoi donne une idée de la date d’inhumation du corps dans le cimetière communal.
  • Les nom, prénoms, grade et unité du militaire permettent de savoir à qui on a à faire et parfois même de retrouver sa trace alors qu’on le croyait disparu. J’ai eu le cas d’un soldat qui était noté disparu sur sa fiche MDH et que j’ai retrouvé dans un convoi de rapatriement. Il faut être très prudent avec les fiches MDH qui véhiculent souvent des erreurs et qui ne sont pas forcément à jour.
  • La commune destinataire nous informe sur la destination finale du corps.
  • La personne demandeuse est dans la majorité des cas celle qui a acheté l’usage de la concession. Il est alors facile de repérer l’emplacement de cette concession si le cahier du cimetière a été bien tenu.
  • Les civils décédés en exil, en déportation ou en captivité, pour lesquels le rapatriement aux frais de l’État a été demandé par la famille, figurent sur la liste des corps rapatriés. Je les ai notés comme victimes civiles. Cette partie de la liste n’intéressera  pas le Souvenir Français mais pourra être utile aux généalogistes pour la détermination des lieux d’inhumations de ces personnes. On peut imaginer de communiquer nos tableaux aux sites de généalogie.

Après avoir exploité toutes ces pistes, il conviendra de procéder à une recherche minutieuse sur le terrain de façon à déterminer quelles sont les sépultures encore présentes et quelles sont celles qui ont disparu. Parmi les sépultures existantes, il faudra isoler les tombes entretenues par les familles et celles qui sont en état apparent d’abandon. C’est de ces dernières que le Souvenir Français devra s’occuper. Je ne parlerai pas ici des démarches auprès des maires pour préserver ces tombes, le sujet a été largement abordé. Les sépultures des morts pour la France qui seront sauvées, seront maintenues en état par le Souvenir Français avec l’aide matérielle des municipalités. Les soldats ou civils qu’elles abritent seront honorés chaque année lors des journées du souvenir. Peut-être seront-elles géolocalisées avec un accès au parcours militaire du soldat ou au martyre du civil. Mais qu’en est-il des soldats ou civils morts pour la France dont les tombes ont disparu à la suite d’une reprise de concession par la municipalité ? Leurs restes mortels ont été jetés dans un ossuaire civil ; fini pour eux le souvenir ?

Je propose que l’on appose sur l’un des murs du cimetière ou de l’ossuaire civil, une plaque gravée financée par la commune et portant le nom des « morts pour la France » dont les sépultures au cimetière communal ont disparu, avec pour épitaphe :« Dans cette nécropole reposaient dans des sépultures aujourd’hui disparues les héros morts pour la France suivants : Nom des héros »

La photo de cette plaque pourrait être communiquée à des sites spécialisés tels que memorialgenweb ou geneanet et ainsi aider les chercheurs à retrouver la destination finale des restes d’un soldat.

Alain Cesarini

Photo de tête : Vue sur l'église et le cimetière de Dun-sur-Meuse ; crédit photo Alain Cesarini